15 AOÛT — MIKAO USUI

Honorer l’homme derrière le Reiki, au-delà des légendes

Aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à Mikao Usui — 臼井甕男, l’homme à l’origine de ce que nous appelons aujourd’hui le Reiki.

Pas au personnage presque mythologique que l’Occident a parfois construit.

Mais à l’homme.

À celui qui a cherché, étudié, douté, travaillé, connu les difficultés, exploré différentes voies et qui, à un moment de sa vie, a vécu une expérience qui allait donner naissance à son propre système : le Shinshin Kaizen Usui Reiki Ryōhō — 心身改善臼井靈氣療法, la méthode Usui de Reiki pour l’amélioration du corps et de l’esprit.

Un homme beaucoup plus complexe qu'on ne nous l'a raconté

Mikao Usui naît en 1865 à Taniai, dans l'actuelle préfecture de Gifu au Japon. Sa stèle commémorative, élevée après sa mort par ses élèves, indique qu'il descendait de Chiba Tsunetane, que son père s'appelait Taneuji — couramment appelé Uzaemon — et que sa mère appartenait à la famille Kawai. Elle décrit surtout un homme qui étudia énormément et qui continua à chercher malgré les revers de son existence.

Et depuis peu, nous en savons davantage.

Des documents administratifs japonais datant de 1904, retrouvés dans les archives historiques de Taïwan et rendus publics en 2025, comportent une étonnante biographie professionnelle d'Usui.

Selon la transcription publiée de ces documents, il avait étudié l'anglais, la littérature, la psychologie — notamment auprès de Motora Yūjirō — et le droit. Il avait obtenu une qualification d'enseignant, étudié quelque temps la psychologie et la philosophie aux États-Unis, travaillé à San Francisco, fondé une école du soir et exercé dans l'éducation. Les documents indiquent également qu'il supervisa une école caritative mise en place à la demande d'une société missionnaire féminine américaine. En 1904, il fut engagé par la Commission provisoire d'enquête sur les anciennes coutumes de Taïwan, alors dirigée par Gotō Shinpei.

Voilà déjà un Mikao Usui bien différent de l'image parfois très simplifiée du mystique ayant soudainement découvert une énergie sur une montagne.

C'était aussi un homme instruit, curieux du monde, qui avait rencontré les idées occidentales et vécu dans un Japon qui se modernisait à une vitesse extraordinaire.

Et la fameuse histoire du « Dr Usui, prêtre chrétien » ?

Elle mérite aujourd'hui beaucoup plus de nuance.

Pendant des décennies, beaucoup d'élèves Reiki ont appris que Mikao Usui était un prêtre chrétien ou le directeur d'une université chrétienne, parfois même qu'il était docteur en théologie et qu'il avait étudié à l'Université de Chicago.

Cette version, telle qu'elle a circulé en Occident, n'est pas établie historiquement.

Justin Stein, chercheur universitaire spécialisé dans l'histoire du Reiki au Japon, rappelle notamment que rien ne permet d'identifier Usui comme le responsable chrétien de l'université Dōshisha décrit dans certaines versions du récit.

Mais voilà où l'histoire devient passionnante :

les nouveaux documents montrent qu'Usui avait effectivement séjourné aux États-Unis et qu'il avait travaillé dans un environnement éducatif lié à une organisation missionnaire américaine.

Donc non : la vieille biographie occidentale ne devient pas soudainement vraie.

Mais non plus, Usui n'était pas cet homme complètement étranger au christianisme et à l'Occident que certaines corrections modernes ont parfois voulu présenter.

La réalité est plus riche que les deux versions.

Bouddhiste ? Shintō ? Chrétien ? Spirituel ?

Là encore, méfions-nous des certitudes trop faciles.

On lit partout qu'Usui était moine Tendai, parfois Shingon, parfois bouddhiste de la Terre Pure.

Je ne peux pas confirmer avec suffisamment de sources primaires qu'il faille enfermer Usui dans l'une de ces appartenances précises.

Ce que nous pouvons documenter est différent : Usui s'intéressait profondément à la religion et aux pratiques spirituelles, son histoire est intimement liée au mont Kurama, ses textes emploient un vocabulaire dans lequel se rencontrent références spirituelles, bouddhiques et culture japonaise de son époque, et son enseignement accordait une place importante à la transformation intérieure. Le chercheur Justin Stein décrit lui aussi un homme d'une très grande curiosité intellectuelle, intéressé par la médecine, la psychologie, les textes bouddhiques et chrétiens et plusieurs formes de pratiques spirituelles.

Et il y a une autre réalité que nous ne devons pas effacer sous prétexte qu'elle correspond moins à la sensibilité occidentale contemporaine :

Usui accordait une place importante à l'empereur Meiji.

Le manuel historique du Reiki contient les Gyosei, les poèmes de l'empereur Meiji, et la présentation du Reiki attribuée à Usui demande de recevoir avec respect ses enseignements avant de travailler à l'amélioration de son esprit et de son corps.

C'était un Japonais de l'ère Meiji et Taishō.

Nous n'avons pas à réécrire ses convictions pour qu'elles correspondent aux nôtres cent ans plus tard.

Les connaître permet au contraire de mieux comprendre son Reiki.

Et puis vient le mont Kurama…

Ici aussi, il faut séparer le cœur historique du récit des embellissements ultérieurs.

La retraite d'Usui au mont Kurama n'est pas une invention tardive occidentale.

La stèle élevée par ses élèves raconte qu'il se rendit au mont Kurama, qu'il y entreprit pendant 21 jours une discipline extrêmement sévère avec jeûne, puis qu'il vécut soudainement une expérience qu'elle décrit comme la rencontre avec un « grand Reiki », suivie d'un éveil et de l'acquisition de la méthode qu'il appellera Reiki Ryōhō. Il l'expérimenta d'abord sur lui-même puis sur ses proches.

C'est donc bien une partie ancienne et japonaise de son histoire.

En revanche, les épisodes très détaillés que l'on raconte ensuite parfois — le pied blessé miraculeusement guéri en descendant de la montagne, le repas pris immédiatement après le jeûne, la jeune fille souffrant d'une dent, certains récits de symboles apparaissant dans le ciel — appartiennent aux récits de transmission ultérieurs et ne figurent pas dans la stèle de 1927. Justin Stein distingue lui aussi ce noyau historique des développements narratifs transmis ensuite, notamment dans le récit de Hawayo Takata.

Cela ne retire rien à Kurama.

Au contraire.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter des miracles à son histoire pour qu'elle soit extraordinaire.

Usui n'a pas « découvert une technique tibétaine oubliée »

Voilà encore une idée que l'histoire ne permet pas d'affirmer.

Des pratiques de guérison spirituelle, de travail avec le ki, de respiration, d'imposition des mains et même l'utilisation du mot reiki existaient dans le Japon de son époque. Des chercheurs japonais replacent d'ailleurs Usui dans tout un mouvement de thérapies spirituelles et corporelles qui mélangeait traditions japonaises, idées venues d'Asie et influences occidentales.

Le génie d'Usui n'est donc peut-être pas d'avoir inventé de toutes pièces l'idée d'une énergie invisible.

Son œuvre fut de donner naissance à son système.

Une méthode structurée réunissant pratique énergétique, travail sur soi, développement spirituel, éthique et accompagnement d'autrui.

Et surtout, il prend une décision qui me semble fondamentale.

Il refuse d'en faire un privilège réservé à quelques élus

Dans le Kōkai Denju Setsumei, texte ancien transmis dans le manuel de la Usui Reiki Ryōhō Gakkai, Usui explique que les anciennes traditions avaient souvent tendance à conserver leurs enseignements secrets au sein d'une famille afin d'en garder le bénéfice.

Il rejette explicitement cette manière de faire.

Pour lui, une telle connaissance doit être ouverte et transmise au bénéfice du plus grand nombre.

Et c'est peut-être là que se trouve l'un de ses héritages les plus révolutionnaires.

Dans la conception du Reiki qu'il transmet, la pratique énergétique n'est pas réservée à une caste de médiums, de guérisseurs ou d'êtres « spécialement choisis ».

La tradition japonaise issue du Reiki continue d'ailleurs à présenter cette capacité comme quelque chose que l'être humain peut réveiller et développer par la pratique.

Pas besoin d'être élu.
Pas besoin d'être médium.
Pas besoin d'être né avec un « don ».

On apprend.

On pratique.

On ressent.

On développe.

Et surtout, on travaille sur soi.

Car le Reiki d'Usui n'était pas seulement « mettre les mains »

C'est probablement l'une des choses les plus importantes que nous ayons oubliées.

Lorsqu'on demande à Usui ce qu'est sa méthode, son texte commence par l'amélioration de l'esprit et du corps. Son objectif est décrit comme une vie intérieure plus paisible, un mieux-être partagé avec les autres et l'accompagnement des personnes malades.

Les techniques énergétiques étaient là.

Les mains étaient là.

Mais également le regard, le souffle et différentes manières d'utiliser le corps sont explicitement évoqués dans son manuel.

Et au centre de tout cela se trouvent les Gokai, les cinq principes :

  • Juste pour aujourd'hui, ne te mets pas en colère.

  • Juste pour aujourd'hui, ne t'inquiète pas.

  • Sois reconnaissant.

  • Applique-toi avec sérieux à ton travail et à ta pratique.

  • Sois bienveillant envers les autres.

Ils ne constituaient pas une jolie citation destinée à être accrochée au mur d'un cabinet Reiki.

Ils étaient une pratique.

Une discipline quotidienne.

Une manière de transformer progressivement celui qui pratique. La tradition japonaise continue aujourd'hui à replacer les Gokai au cœur du Reiki.

Puis le Reiki sort du dojo

En avril 1922, Usui établit son organisation à Harajuku, Aoyama, à Tokyo, afin de transmettre sa méthode et de recevoir ceux qui venaient le consulter.

Après le terrible séisme du Kantō de 1923, sa stèle raconte qu'il parcourut la ville pour venir en aide aux blessés et aux personnes touchées par la catastrophe.

Sa réputation grandit.

En 1925, son lieu de pratique devenu trop petit, il s'installe à Nakano.

Il voyage ensuite pour enseigner à travers le Japon. La stèle affirme que plus de 2 000 personnes avaient reçu son enseignement.

Et le 9 mars 1926, alors qu'il se trouve à Fukuyama au cours d'un déplacement d'enseignement, Mikao Usui meurt.

Il n'avait pratiqué et enseigné ce système publiquement que pendant quelques années.

Quelques années seulement.

Et pourtant, un siècle plus tard, son nom est connu partout dans le monde.

Alors, qui était réellement Mikao Usui ?

Probablement pas le saint parfait de certaines biographies.

Pas davantage le « docteur chrétien de Chicago » de la vieille légende occidentale.

Et certainement pas un personnage New Age avant l'heure parlant de chakras arc-en-ciel, de Reiki atlante ou d'une méthode secrète venue du Tibet : les sept chakras tels qu'ils seront intégrés plus tard à certains Reiki occidentaux ne faisaient d'ailleurs pas partie du Reiki original documenté au Japon.

C'était un homme de son époque.

Un Japonais profondément marqué par son pays, par sa culture, par la spiritualité, par les enseignements de l'empereur Meiji, mais également curieux de psychologie, d'éducation, de philosophie et du monde occidental.

Un homme qui a cherché.

Qui s'est parfois retrouvé en difficulté.

Qui a continué.

Qui est monté sur une montagne.

Qui en est revenu avec une expérience qu'il ne prétendait lui-même pas pouvoir expliquer complètement. Dans son propre enseignement, lorsqu'on lui demande pourquoi le Reiki fonctionne, Usui reconnaît qu'il lui est difficile d'en donner une explication certaine.

Et cela, je trouve, le rend encore plus intéressant.

Il n'avait pas besoin de tout savoir.

Il avait besoin d'expérimenter.

Puis de pratiquer.

Puis de transmettre.

Et c'est peut-être cela que je souhaite retenir aujourd'hui.

Mikao Usui n'a pas seulement laissé une méthode d'imposition des mains.

Il a laissé une voie dans laquelle le travail énergétique et le travail sur soi ne sont pas séparés.

Ressentir davantage ne fait pas nécessairement de nous une meilleure personne.

Accumuler les symboles non plus.

Ce qui compte aussi, c'est ce que nous faisons de cette pratique dans notre vie.

Notre manière d'accueillir.

Notre capacité à rester humble.

Notre discipline.

Notre gratitude.

Notre bienveillance.

Et cette idée magnifique qu'une pratique énergétique ne doit pas appartenir à quelques élus mais peut être apprise, expérimentée et cultivée.

Aujourd'hui, je n'ai donc pas envie de célébrer un mythe.

J'ai envie de dire simplement :

Merci, Usui Sensei.

Merci pour la recherche.

Merci pour la pratique.

Merci pour les Gokai.

Merci d'avoir choisi de transmettre plutôt que de garder.

Et merci d'avoir ouvert une voie que chacun, aujourd'hui encore, est libre d'explorer avec son cœur, son discernement et son expérience.

Renaldy Boutry, Maitre enseignant Reiki Usui